Le coronavirus ou le retour opportun d’une médecine militaire en faveur du Civil en France

Le Service de santé des Armées

Ses missions auprès de l’Armée française

Le Service de santé des Armées est un service interarmées de l’Armée française commandé par la Direction centrale du Service de santé des Armées, qui elle-même est placée sous l’autorité directe du chef d’État-Major des Armées.

Ce Service est au plus près des combats en offrant aux blessés la meilleure chance de survie, de récupération et de réinsertion professionnelle et sociale, tout en étant le soutien médical de l’armée de Terre, de l’armée de l’Air, de la Marine et de la Gendarmerie, en toutes circonstances et en tous lieux en fonction des situations auxquelles il fait face. Il couvre en effet toute la chaîne de la prise en charge sanitaire du combattant, de la sélection et de la médecine préventive aux soins immédiats jusqu’à l’hospitalisation.

Le Service de santé des Armées se base sur une chaîne de santé opérationnelle complète et autonome de soins, d’expertises, de recherche, de formation auprès de ses différentes écoles, et de ravitaillement en produits de santé. De plus, il est compétent dans nombre de domaines, comme les soins administrés, l’aptitude médicale et d’expertise, la prévention, l’enseignement et la recherche, et dans les domaines médical, pharmaceutique, paramédical, odontologique et vétérinaire.

Enfin, le Service de santé des Armées est composé de 14 700 hommes et femmes civils et militaires et de plus de 3000 réservistes.

Une médecine militaire au service de la société civile

Une médecine militaire au service de la société civile déjà éprouvée

Le Service de santé des Armées dans les contextes colonial et Humanitaire

Le Service de santé des Armées a joué un rôle considérable dans la prise en charge sanitaire des populations dans les anciennes colonies françaises. En effet, de par sa reconnaissance acquise auprès des populations locales, il a su prodiguer des soins à ces dernières, a pu faire profiter de consultations médicales aux personnes malades et éviter les endémies et épidémies, en lutant contre ces dernières. Toutes ces actions ont été rendues possibles grâce à l’ouverture d’Instituts Pasteur locaux et d’écoles de médecine. Ces Instituts Pasteur locaux ont pu se développer par le biais d’un contrat passé de 1903 à 1972 entre l’ancien ministère des Colonies et l’Institut Pasteur, prévoyant que des médecins ou pharmaciens militaires seraient en première ligne afin de créer et ou de faire fonctionner des Instituts Pasteur délocalisés dans les anciennes colonies ou territoires étrangers.

Ces Instituts Pasteur locaux sont chargés par le biais de médecins militaires de prodiguer des soins aux populations locales et d’organiser des campagnes de vaccination (vaccinations contre la Tuberculose ou le Paludisme). Tout ceci dans le but de permettre la prophylaxie (ensemble des mesures à prendre pour prévenir les maladies), le dépistage et le traitement allant diminuer les impacts des maladies notamment grâce à une médecine allant au devant du malade.

Le Service de santé des Armées s’implique également dans le domaine de l’Humanitaire en participant à des actions humanitaires grâce à des systèmes de déploiement ingénieux comme avec l’É.M.M.I.R (Élément Médical Militaire d’intervention Rapide) créé en 1963 qui est une formation médico-chirurgicale transportable par voie aérienne et opérationnelle en quelques heures, d’une capacité de 100 lits pour pallier à des situations de catastrophe comme les tremblements de terre entre autres.

Un autre dispositif, la F.A.H.M.I.R (Force d’Assistance Humanitaire Militaire d’Intervention Rapide) créée en 1982, vise à compléter le dispositif É.M.M.I.R, en ajoutant la « Bioforce » militaire créée en 1983 par Charles Mérieux, consistant à porter secours aux États demandeurs confrontés à des situations de crise comme des catastrophes épidémiologiques, tout en épaulant leur système de santé et en effectuant, le cas échéant des campagnes de vaccination des populations menacées.

Ses interventions lors d’évènements récents

Le Service de santé des Armées a déjà pu intervenir lors de crises sanitaires exceptionnelles, à l’image de son intervention lors des attentats de Paris du 13 novembre 2015 et de Nice en 2016.

Par ailleurs, il s’est déployé lors des catastrophes environnementales qui ont touché Haïti en 2017 avec l’ouragan Irma ou Fukushima au Japon en 2011 avec le tsunami qui avait provoqué un accident nucléaire. Enfin, le Service de santé des Armées a également épaulé les autorités locales de pays africains de l’Ouest, en matière de soutien sanitaire lors de l’épidémie de maladie à virus Ebola apparue fin 2013 en Afrique grâce à la « Bioforce » militaire en collaboration avec la « Bioforce » civile, ayant pour vocation d’évaluer et de combattre les épidémies à la demande des gouvernements de pays étrangers.

Le cas de l’hôpital militaire de campagne mulhousien et l’opération « Résilience » dans le contexte de l’épidémie de Covid-19

L’hôpital militaire de campagne qui s’est établi à l’hôpital de Mulhouse est révélateur d’une prouesse logistique du fait qu’il a fallu 16 camions à partir du 21 mars 2020 pour acheminer l’ensemble du matériel sur site, à savoir des modules de réanimation et de ventilation provenant de la Direction des approvisionnements en produits de santé des Armées à Chanteau près d’Orléans.

Cet hôpital de campagne est un hôpital de type « élément militaire de réanimation » (EMR) devant aider à désengorger l’hôpital de Mulhouse saturé par un afflux croissant de malades du coronavirus dû à la situation géographique d’un des plus grands foyers de l’épidémie en France. Il a été érigé en huit jours sur le parking de l’Hôpital Émile-Muller de Mulhouse et est composé de trente lits de réanimation à destination des malades en état grave et sous assistance respiratoire tout en étant en phase d’amélioration.

Le Service de santé des Armées est également mis à contribution pour ce qui est des évacuations sanitaires, en effet, un dispositif d’évacuation médicale aéroportée dit « Morphée » est mis en place en faisant la liaison Mulhouse-Toulon, en vue de désengorger les services de réanimation de l’hôpital de Mulhouse. De plus, un autre dispositif s’organise autour de l’évacuation de malades de la Corse vers Marseille par le biais du porte-hélicoptères amphibie « Tonnerre ».

Ces trois opérations font partie d’une plus vaste opération annoncée par le Président de la République et placée sous le commandement direct du chef d’État-Major des Armées, l’opération « Résilience » visant à assurer une meilleure coordination interarmées, tout en appuyant les missions consacrées à l’aide et au soutien aux populations, en matière de santé, de logistique, de protection, ainsi qu’aux services publics pour faire face à l’épidémie en métropole et en Outre-mer.

L’exemple parlant du retour des « trains sanitaires » pour pallier à l’épidémie, issus de la Première guerre mondiale

Le recours aux « TGV » pour des évacuations sanitaires

Les évacuations récentes de patients malades du coronavirus dans le Grand-Est via les trains à grande vitesse ont montré l’agilité et les ressources mises à profit afin de transférer ces patients vers des hôpitaux moins exposés et où les places disponibles sont les plus importantes. Ces hôpitaux sont situés plus à l’Ouest, notamment vers les Pays de la Loire et le Sud-Ouest et ont pour but d’éviter la saturation des hôpitaux les plus touchés situés dans les foyers épidémiques (Oise, Grand-Est, Ile-de-France).

Les patients ayant bénéficié de ce moyen de transport particulier pour leur transfert vers d’autres hôpitaux, sont des patients transférables correspondant soit à des débuts de réanimation soit sont susceptibles de pouvoir sortir à court terme.

Les évacuations sanitaires par train lors de la Première guerre mondiale

Ces évacuations par le biais de trains sont les descendants des trains sanitaires ayant eu pour vocation l’évacuation des blessés de guerre du front vers les hôpitaux temporaires, mixtes, auxiliaires ou encore hospices civils. Ces trains permettaient le transfert des blessés qui étaient couchés et placés sur des lits superposés situés dans les wagons où 396 blessés pouvaient composer un train. De plus ces trains sanitaires étaient dits « improvisés », couverts, dans la promiscuité et n’ayant pas les commodités telles que l’intercirculation, le chauffage ou encore l’éclairage (les trains sanitaires ont progressivement évolué vers des trains sanitaires semi-permanents à permanents à intercirculation pour blessés couchés et assis de 35 à 37 wagons munis d’un système de chauffage, d’éclairage et de tisanerie).

Pour finir, les trains sanitaires étaient équipés de douze brancards par wagon, disposés sur deux niveaux avec la présence d’appareils médicaux et de suspension pour une continuité des soins.

Les trains sanitaires avaient un certain itinéraire que voici : après avoir transité par une ou plusieurs « stations de transition » pourvues d’une infirmerie de gare, où les blessés dont l’état s’était aggravé pouvaient être débarqués et dirigés vers une formation hospitalière à distance réduite, le train se dirigeait vers une « gare point de répartition » où étaient débarqués les blessés destinés aux hôpitaux temporaires (hôpitaux Complémentaires de région, hôpitaux Auxiliaires assurés par la Croix-Rouge et hôpitaux Bénévoles privés) et permanents (hôpitaux militaires et annexes, hospices mixtes, hospices civils et hôpitaux de place-forte), en fonction de leurs disponibilités et de leur nombre de lits vacants.

Article rédigé par Aymeric LICHTENAUER

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